HAPPY CHILD

le 19 mai 2018 - Pôle Culturel Alfortville

créé le 20 novembre 2008 au Quai/Open arts/CNDC à Angers
 
Conception, scénographie, mise en scène : Nathalie Béasse / Avec : Etienne Fague, Karim Fatihi, Erik Gerken, Anne Reymann, Camille Trophème / Lumières : Natalie Gallard / Bande sonore : Julien Parsy / Régie son : Antoine Monzonis-Calvet / Costumière : Laure Chartier / Sculpture: Corinne Forget

tout est blanc ou presque
un sac
risque d’étouffement
ce serait comme un conte, avec des chapitres
ils arrivent
une fratrie de cinq personnes se retrouve
se retrouver et se parler comme si c’était hier,
avec ces silences, ces non-dits, ces accolades,
et puis elle, qui n’arrive pas à parler,
elle face à eux,
lui qui aboie, lui face à l’absence d’un pouvoir,
il fait le père, il le tue et se moque,
l’autre qui court, hanté par ses souvenirs
ils font la mère, ils la regrettent, ils se moquent et disparaissent
ils se mettent à faire des jeux d’enfants
parfois charnels, parfois excessifs
des scénarios de disparition, prétextes à jouer,
comme des trous de mémoire
ne plus savoir quand le jeu s’arrête
donner du symbole aux actes
renaître dans un déguisement
ils sont tellement d’autres gens, une humanité
ils retrouvent la tribu déchue
comme dans les contes, le mystère pénètre et on se perd dans la forêt
ici, la forêt c’est cette famille, c’est ce salon, c’est cet instant même où ils se regardent
un arbre déraciné, posé là, au milieu de tout ça
et des sacs
les corps sont comme des roches,
avec leurs couvertures, ces gens deviennent des paysages biblique
je veux magnifier leur dérive

Je voudrais évoquer le rapport à la famille avec tous ses non-dits, sa brutalité face au silence, et puis le manque lié à l’absence, à la disparition de la figure du père et de la mère et paradoxalement à leur rejet.

Comment on se cache derrière des masques, comment on devient quelqu’un d’autre. Idée du masque, du simulacre. Comme des enfants. Instinctifs. Travailler vraiment sur l’instinct.

Une sorte de danse macabre en famille…

La question de l’interprète et de sa présence sur un plateau me semble être primordiale.
La virtuosité, la performance physique, la perfection d’un mouvement ne m’intéressent pas. L’interprète doit pouvoir être chacun de nous, le spectateur doit pouvoir se sentir proche de lui. L’acteur doit être là sur le plateau avec toutes ses imperfections, ses fragilités, et se laisser emporter par ses propres vides. Il doit être concret dans ses mouvements, être dans l’instant présent.
Il n’y a pas de jeu psychologique.

« Les acteurs doivent exister en tant qu’eux-mêmes, c’est en fonction de ça que je les choisis et doivent - cette capacité-là m’est plus indispensable - laisser voir à travers eux autre chose qu’eux-mêmes. » (Claude Régy)

Les interprètes sont là avec le public, dans le temps présent en relation directe avec lui. On joue quelque chose et à tout moment cela peut s’arrêter de jouer cette histoire-là. C’est la sensation du basculement. On est dans une situation de jeu où tout à coup le jeu s’arrête.

Etre toujours dans un lâcher prise physique et sensible, être à l’écoute de ses sensations.
Etre toujours dans une tension, même dans une apparente détente. Le corps quand il s’arrête se renverse, change de cadre, son poids est réparti ailleurs, pas seulement dans les pieds, mais dans une main, ou une tête. Il y a un rapport au vertige, à l’abandon, à la perte de repère, prendre le plaisir dans ces abîmes physiques, ces évanouissements proche de l’extase (« Sainte Thérèse » Le Bernin). J’approfondis ces renversements de corps, ces corps en arrêt, en tension, pour mieux dévoiler leurs fragilités, et vivre avec.

Je considère la parole comme une autre matière spatiale à approfondir à bras le corps comme le geste. En ce sens, je pars d‘abord du corps et la parole part d’un état du corps.
La parole de l’acteur doit parvenir dans toute sa simplicité, dans un rapport à l’instant. Sa voix doit être tout près de nous, toujours être proche du réel.

S’il y a parole alors elle doit accompagner dans l’instant présent l’acteur dans ses espaces, devenir même parfois autre chose que du verbe.

Ici elle arrivera au micro en voix off, sera perceptible ou bien parfois presque inaudible, murmurée, comme des pensées orales et puis à voix haute comme on lit une lettre…

Nathalie Béasse


Cette création est réalisée grâce au soutien en production et en résidence de création de Open Arts / Le Quai et du Centre National de Danse Contemporaine à Angers. La compagnie nathalie béasse est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la communication/DRAC des Pays de la Loire, soutenue par la Région des Pays de la Loire, le Département du Maine et Loire et la Ville d’Angers.